lundi 9 mars 2026

Documentaire contre la Scientology attisant la haine avec l'argent des contribuables

L'article suivant "France: Discours de haine contre la scientologie désormais financé par les contribuables" écrit par par  le 18 février 2026.  

Un « documentaire » de France 5 a offert un exemple de manuel scolaire sur la façon « de ne pas » présenter les religions minoritaires au public. (traduction automatique) 

 

 Le dernier documentaire de France 5 sur la Scientologie, diffusé dimanche 15 février, ne peut pas être revu comme une enquête journalistique. C’était quelque chose de différent et semblable à un autodafé baroque brûlant les hérétiques sur la place publique: une performance rituelle – l’une de ces cérémonies télévisées familières dans lesquelles le diffuseur public réinterprète sa propre certitude. L'hérétique est toujours le même, le ton inébranlable, la conclusion prédéterminée. On commence à soupçonner que le seul suspense laissé est de savoir si le budget de production sera plus élevé que celui du dernier documentaire similaire.

Cette fois, la chaîne, un diffuseur public financé par des contribuables français, a confié le projet à Tohubohu, une société de production dont le nom évoque le désordre mais dont la relation financière avec France Télévisions apparaît remarquablement stable. Le réalisateur, Romain Icard, n’est pas seulement l’esprit créatif derrière le documentaire mais aussi un co-fondateur de Tohubohu. Son partenaire d’affaires, Thierry Demaizière, est marié à un membre du Comité d’éthique de France Télévisions. C’est un arrangement charmant circulaire: le conjoint du producteur aide à superviser l’éthique du diffuseur qui commande le producteur. On pourrait appeler ça de la synergie. D'autres appelleraient cela un conflit d'intérêts. Les règlements de radiodiffusion français penchent certainement vers ce dernier. Mais peut-être que le Comité d’éthique, comme la lune, exerce son influence d’une manière invisible à l’œil nu.

Le documentaire s'ouvre sur la solennité d'une annonce de service public. La Scientologie, nous dit-on, est dangereuse, opaque et manipulatrice. Ce sont des affirmations qui méritent un examen. Mais l'examen nécessite une méthode, et la méthode nécessite des sources. L’approche de France 5 en matière de sourcing ressemble à un appel de casting pour une pièce dont le scénario a déjà été écrit. La production présente une poignée de témoins « rares » et « précieux ».

Pourtant, ces témoins sont tout sauf rares. Ce sont les mêmes ex-membres professionnels et anti-cultes qui apparaissent dans documentaire après documentaire, interview après interview, souvent compensé pour leur participation. Leurs témoignages ne sont pas nouveaux; ils sont reconditionnés. Le documentaire les traite comme s'ils avaient été découverts dans un monastère reculé de l'Himalaya, alors qu'en fait ils sont aussi omniprésents dans les médias anti-scientologie que les prévisionnistes météorologiques sont dans l'actualité du soir.

Prenez Tony Ortega, présenté comme un journaliste qui a passé trente ans à enquêter sur la Scientologie. C'est une façon d'encadrer sa carrière. Un autre serait de mentionner ses diatribes anti-culte vicieuses et son départ brutal d'une publication américaine majeure après sa défense fervente de Backpage.com, un site Web fermé plus tard par le FBI pour avoir facilité le trafic d'enfants. Son dossier comprend non seulement des choix éditoriaux controversés, mais aussi des cas documentés de reportages fabriqués ou embellis, critiqués par la « Columbia Journalism Review ». Rien de tout cela n'apparaît dans le documentaire. Peut-être a-t-elle été jugée non pertinente. Ou peut-être était-ce tout simplement gênant.

Ensuite, il y a Marc et Claire Headley, dont l'histoire personnelle avec la Scientologie est compliquée mais dont l'histoire juridique est assez claire. Leur procès de plusieurs millions de dollars contre l'Église a été rejeté comme non fondé, et ils ont été condamnés à payer 42,000 $ en frais. Marc Headley a reconnu avoir été payé pour des « témoignages » de tabloïd, parfois jusqu’à 10,000 $ par histoire. Que son apparition dans ce documentaire ait été un acte d'altruisme ou un engagement professionnel est laissée inexplorée. France 5 ne se demande pas; il se présente simplement.

Le témoin suivant apparaît sous le pseudonyme de Lucas le Gall, bien que son identité réelle – Eric Gonnet – ne soit guère un secret. Il est le fils d’un militant anti-scientologie de longue date expulsé de l’Église il y a des décennies et condamné à plusieurs reprises en France. Gonnet affirme avoir passé quatre ans dans l’Organisation maritime de la Scientologie, avoir occupé des responsabilités internationales de haut rang et avoir été le bras droit du chef de l’Église en Californie. Ces revendications s'effondrent sous le poids de la chronologie de base: il n'a passé que trois mois dans l'organisation, à Copenhague, en 1980, dans un modeste rôle administratif. Il n’a jamais occupé de poste significatif, n’est jamais allé en Californie et n’a jamais rencontré le chef de l’Église. Ses propres écrits incluent des réflexions franches sur sa tendance à fabriquer des histoires. Cela aussi est omis de l'émission.

Et puis, dans un moment de surréalisme involontaire, le documentaire introduit un témoin généré par l'intelligence artificielle, qui, selon lui, était basé sur une personne réelle, mais qui avait peur. La France abrite des milliers de scientologues, mais la production a apparemment trouvé plus facile de synthétiser un être humain que d’en interviewer un. C’est un choix éditorial audacieux, mais peut-être pas un choix qui renforce la crédibilité de l’entreprise. Peut-être que le prochain documentaire de France 5 présentera un hologramme.

Le défilé de témoins douteux se poursuit. Joy Villa, présentée comme une « jeune actrice américaine démunie », est en fait un interprète mineur avec une poignée de rôles de fond, maintenant réinventé en tant que chrétien évangélique qui revendique la révélation divine sur la malveillance de la Scientologie. Son histoire personnelle, y compris un différend conjugal dramatique impliquant une somme d'argent substantielle, n'est pas mentionnée. Le documentaire préfère que ses personnages soient simples, sans fardeau par la nuance.

Tout cela aurait pu encore être récupérable si le « débat » ultérieur offrait un semblant de pluralisme. Au lieu de cela, le panel était composé exclusivement de critiques de longue date de la Scientologie, y compris des organisations et des individus ayant une histoire de litige contre le mouvement – des litiges qui n’ont pas toujours fini en leur faveur. L’UNADFI, représenté par l’avocat Olivier Morice, a été condamné par la Cour d’appel de Paris en 2015 à verser 21.000 € aux Scientologues pour action en justice abusive, une décision confirmée en 2017. Ce contexte aussi était absent.

Lorsque l’Église a demandé qu’un représentant soit autorisé à participer au débat, France Télévisions a refusé, invoquant la « liberté éditoriale ». La phrase devient une sorte de talisman, utilisé pour conjurer le spectre du pluralisme. Un radiodiffuseur public aurait dû se féliciter de l'opportunité d'échanges directs. Au lieu de cela, il a choisi le confort de l'unanimité. La réponse du radiodiffuseur aux préoccupations concernant l’impartialité était tout aussi révélatrice. Lorsqu'on leur a confronté la possibilité que ses obligations aient été violées, France Télévisions a suggéré que la responsabilité incombe à Tohubohu, le producteur délégué, qui avait contractuellement accepté de protéger le radiodiffuseur contre les conséquences juridiques. C'est une défense curieuse: le diffuseur public revendique la liberté éditoriale lors de la sélection des voix, mais l'impuissance contractuelle lorsque ces choix sont remis en question.

On n’a pas besoin d’être sympathique à la Scientologie pour trouver cela troublant. On n’a pas besoin d’approuver ses croyances, ses pratiques ou sa structure organisationnelle. Il faut croire que la radiodiffusion publique doit respecter les principes qui justifient son existence: l'impartialité, l'honnêteté et le pluralisme. Ce ne sont pas des idéaux décoratifs. Ce sont des obligations légales, financées par les contribuables, qui visent à faire en sorte que les médias publics servent le public, et non un récit.

France 5 a eu l’occasion d’inclure des érudits de nouveaux mouvements religieux qui les étudient avec rigueur académique. La France a de tels érudits. Bernadette Rigal-Cellard, par exemple, a passé des décennies à examiner les religions minoritaires avec un sérieux méthodologique. À l’échelle internationale, Donald Westbrook a publié de nombreux articles sur la Scientology avec Oxford University Press et Cambridge University Press, à peine des points de vente marginaux. Ces voix n'ont pas été invitées. Leur absence n’est pas un oubli, c’est un choix. Au lieu de cela, le programme s’appuyait sur Stephen Kent, un sociologue canadien dont l’hostilité envers les religions, ancienne et nouvelle, est si prononcée qu’il a publiquement suggéré que de nombreux fondateurs de grandes religions du monde – y compris le prophète Mohammed et l’apôtre Paul – souffraient de troubles mentaux graves. Il a récemment écrit: «Peut-être Dieu existe-t-il, mais s’Il (ou Elle ou Elle ou eux) le font, alors on se demande pourquoi Dieu a choisi tant de révélations pour venir à travers des esprits désordonnés. » Lorsque quelqu’un applique ce réductionnisme psychiatrique à toute l’histoire de la religion, il devient difficile de prendre au sérieux sa certitude clinique soudaine lorsqu’il se tourne vers la Scientologie.

Les défenseurs du documentaire soutiendront que l’inclusion de scientologues ou de chercheurs neutres aurait « légitimer » le mouvement. Cet argument comprend mal le journalisme. Le journalisme ne consiste pas à protéger les téléspectateurs de la complexité. Il s’agit de présenter la complexité et de faire confiance aux spectateurs pour y naviguer. Un documentaire qui exclut toutes les voix dissidentes n'est pas une enquête.

Ce que France 5 a offert hier soir était un monologue – poli, confiant et hermétiquement scellé. La production a pris la répétition pour la rigueur, l'unanimité pour la vérité, et le spectacle pour l'enquête. C'était, en bref, une occasion manquée.

La Scientologie a des ennemis. Ça soulève des questions. Il mérite un examen minutieux. Mais l'examen nécessite plus qu'un scénario prédéterminé et un casting d'antagonistes familiers. Cela demande de la curiosité, de l’humilité et de la volonté d’entendre ceux qui ne correspondent pas au récit. France 5 a choisi le contraire.

Le résultat était une chambre d'écho magnifiquement éclairée, éditée professionnellement, mais toujours une chambre d'écho. Indépendamment de la dramatique des échos, ils ne sont pas qualifiés de journalisme.

Massimo Introvigne (né le 14 juin 1955 à Rome) est un sociologue italien des religions. Il est le fondateur et directeur général du Center for Studies on New Religions (CESNUR), un réseau international de chercheurs qui étudient de nouveaux mouvements religieux. Introvigne est l’auteur de quelque 70 ouvrages et de plus de 100 articles dans le domaine de la sociologie de la religion. Il était l'auteur principal de la Enciclopedia delle religioni en Italie (Encyclopédie des religions en Italie). Il est membre du comité de rédaction de l’Interdisciplinary Journal of Research on Religion et du conseil exécutif de Nova Religio de University of California Press. Du 5 janvier au 31 décembre 2011, il a été « Représentant sur la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, en mettant l’accent sur la discrimination à l’égard des chrétiens et des membres d’autres religions » de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). De 2012 à 2015, il a été président de l’Observatoire de la liberté religieuse, institué par le ministère italien des Affaires étrangères afin de surveiller les problèmes de liberté religieuse à l’échelle mondiale. 

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