L'article intitulé Saint-Denis : un “défi TikTok” visant la
Scientology conduit à des gardes à vue et relance le débat sur la
protection des lieux de culte, écrit sous la plume de Steve Eisenberg montre comment Tik Tok peut manipuler des jeunes.
Une cible facilement identifiable, comme la Scientology, sur laquelle ces jeunes jettent leur dévolu dans le but de la dénigrer, sous prétexte de jeux grotesques voire devenus violents pour certains.

Deux
jeunes hommes de 18 ans ont été placés en garde à vue à Saint-Denis
après s’être introduits sans autorisation dans les locaux de Église de Scientology,
le 30 avril 2026, en hurlant, et en brandissant une tête d’animal mort.
Selon les éléments rapportés par la presse, ils participaient à un défi
diffusé sur TikTok
consistant à pénétrer dans des bâtiments de l’organisation religieuse
en courant et en criant, avec pour objectif d’aller le plus loin
possible avant d’être interceptés.
L’un
des deux a été interpellé à l’intérieur du bâtiment, situé à proximité
du Stade de France, tandis que le second a été arrêté à l’extérieur. Le
parquet de Bobigny a confirmé leur placement en garde à vue. Les faits
s’inscrivent dans un phénomène plus large, apparu aux États-Unis avant
d’être relayé en Europe, et qui consiste à appeler publiquement à «
raider » des lieux liés à la Scientology pour en tirer des vidéos
virales.
Il ne
s’agit pas d’un simple jeu. Ces appels reposent sur le ciblage explicite
d’une organisation religieuse dans ses lieux de pratique. Or, ces lieux
doivent être considérés pour ce qu’ils sont : des espaces de culte, au
même titre qu’une synagogue, une mosquée ou une église d’une autre
confession. Les viser pour provoquer, perturber ou ridiculiser constitue
une atteinte au principe même de liberté religieuse.
Aux
États-Unis, où ce type de contenus est apparu, plusieurs incidents ont
montré que ces « raids » pouvaient dégénérer. Des groupes sont entrés
dans des bâtiments de la Scientology,
ont bousculé et blessé du personnel et, dans certains cas, provoqué des
dégradations à l’intérieur. Ces séquences, filmées et diffusées en
ligne, ont contribué à alimenter la viralité du phénomène et à
encourager sa reproduction.
Le
passage de ces pratiques dans le contexte français n’est pas anodin. Il
existe une circulation rapide de comportements qui, une fois transposés,
entrent en contradiction avec le cadre juridique national. En droit
français, la liberté de religion implique la protection des lieux de
culte contre les perturbations. Appeler publiquement à des actions
visant spécifiquement une communauté religieuse peut, selon les cas,
relever d’infractions, notamment lorsqu’il s’agit d’inciter à troubler
l’exercice d’un culte.
Les
contenus à l’origine de ces défis reposent sur des instructions
explicites : se rendre sur place, entrer, provoquer une réaction,
filmer. Ce mécanisme transforme des spectateurs en participants
potentiels. Les gardes à vue intervenues à Saint-Denis apparaissent
ainsi comme la conséquence directe d’incitations largement diffusées.
Le fait que la Scientology fasse
l’objet de critiques ne modifie pas la nature des actes commis. Dans un
État de droit, les désaccords avec une organisation religieuse
s’expriment dans le débat public ou devant les juridictions compétentes,
et non par des actions visant à perturber physiquement ses lieux de
culte. Le parallèle avec d’autres religions est éclairant : des appels à
« envahir » une synagogue ou une mosquée seraient immédiatement
identifiés comme problématiques et traités comme tels.
Dans
ce contexte, certains observateurs soulignent que la stigmatisation
répétée de minorités religieuses dans le débat public peut contribuer à
créer un climat propice à ce type de comportements. En France, des
institutions comme la MIVILUDES,
chargées de surveiller les « dérives sectaires », jouent un rôle
central dans la manière dont certaines organisations sont perçues. Le
fait de désigner régulièrement certains groupes comme problématiques
peut être interprété par une partie du public comme une forme de
validation implicite d’hostilité à leur égard.
Ce
mécanisme est connu : lorsque des minorités sont présentées de manière
récurrente sous un angle négatif, certains individus peuvent se sentir
légitimés à adopter des comportements de confrontation, voire
d’agression. Les « défis » observés aujourd’hui s’inscrivent dans ce
contexte, où la frontière entre critique institutionnelle et
stigmatisation sociale peut devenir floue.
Sur le
plan juridique, la situation reste néanmoins claire. L’intrusion dans
un lieu de culte, la perturbation de son fonctionnement ou l’incitation à de tels actes
peuvent constituer des infractions. De même, les appels publics à
participer à ces actions peuvent engager la responsabilité de leurs
auteurs, en particulier lorsqu’ils visent un groupe en raison de son
appartenance religieuse.
Les
événements de Saint-Denis ne relèvent donc pas d’un simple phénomène
viral sans conséquence. Ils sont une illustration de la manière dont des
contenus en ligne peuvent encourager des comportements concrets visant
des communautés religieuses, avec des implications juridiques
immédiates. Ils rappellent également que la protection de la liberté de
culte ne dépend pas de la popularité ou de l’image d’une religion, mais
constitue un principe fondamental qui s’applique à toutes.
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