lundi 20 avril 2026

Les dérives d'une mère contre les croyances de sa fille

Une mère peut ne pas être d'accord avec le chemin que suit sa fille dans le domaine religieux, mais de là à en diaboliser tout le mouvement, qui n'est autre que celui des Témoins de Jéhovah, cela devient de la paranoïa. 

L'article suivant illustre l'histoire de ce désaccord dont les limites ont dépassé l'entendement. 

Quand les « dérives anti-sectaires » entrent en collision avec les droits humains  par Willy Fautré, directeur de Human Rights Without Frontiers 

HRWF (10.04.2026)  - En ce début du mois d’avril, divers acteurs ont publiquement manifesté, en toute impunité, leur vive opposition à la liberté de culte et de réunion des Témoins de Jéhovah voulant publiquement commémorer dans diverses villes de France leur annuel “Mémorial de la mort de Jésus,” qui correspond à la fête de Pâques chez les catholiques.

Il s’agit là d’une forme d’expression publique tolérée d’une haine antireligieuse spécifique. Cela existe dans d’autres pays peu ou pas démocratiques comme au Pakistan où les Ahmadis sont victimes d’extrémistes musulmans en toute impunité mais cela ne devrait pas être toléré en France, ‘le berceau des droits de l’homme.’

La liberté de pensée et d’opinion a droit de cité en France et quiconque a le droit de ne pas aimer les religions ou certaines religions mais dans le respect des droits humains. La liberté de culte et de réunion sont deux piliers de la démocratie, et donc également de la République française laïque. 

 

Les élus de la ville du Havre

Le 2 avril, les Témoins de Jéhovah ont réservé une salle au Théâtre Le Normandy au Havre, rouvert le 28 novembre 2025 après 35 ans de fermeture.

Il s’agit de la ville du maire Edouard Philippe (2010-2017 et depuis 2020) qui fut le premier ministre du Président Macron de mai 2017 à juillet 2020 et brigue le poste de Président en 2027.

Trois élus du parti socialiste au conseil municipal ont publiquement manifesté “leur violente opposition à cette cérémonie dans un lieu ayant reçu des subventions publiques”, selon un journal de la région. Leur position est fondée selon eux sur l’opinion de la MIVILUDES, l’agence gouvernementale en charge de la lutte contre les “dérives sectaires” qui catalogue les Témoins de Jéhovah comme une communauté à risques dans ce domaine.

Parmi eux, Theo Fortin, le chef du parti socialiste de la ville, a déclaré au même journal “on serait heureux d’apprendre que c’est annulé.”

Il faut noter que le théâtre loué appartient à un organisme privé, pas à un organisme public, et a donc le droit de conclure des contrats de location sans devoir requérir l’autorisation préalable d’une autorité publique. 

Acteurs ouvertement hostiles aux Témoins de Jéhovah à Dunquerke

A Dunkerque, les Témoins de Jéhovah ont organisé leur assemblée dans le Palais des Congrès.

Charline Delporte, présidente (retraitée) des deux associations – ADFI et CAFFES –  hostiles à certains mouvements religieux, et plus particulièrement aux Témoins de Jéhovah, est vite montée au créneau. La raison de son hostilité est que sa fille avait décidé de les rejoindre il y a pas mal d’années et d’y rester malgré l’opposition de sa mère.

A son instigation, le CAFFES a rapidement contacté la Communauté urbaine de Dunkerque pour demander l’annulation de cet événement. Il soulignait que selon la convention, l’événement devait rester privé et ne faire l’objet d’aucune publicité. Et il ajoutait que l’association n’aurait pas respecté cette clause ces deux dernières années.

La demande obstinée de cette annulation de pouvoir exercer la liberté de culte et d’assemblée à Dunkerque n’a pas été suivie d’effets immédiats. Toutefois, la Communauté urbaine a annoncé qu’elle n’accorderait plus à l’avenir cette location aux Témoins de Jéhovah (Le Kursaal n’accueillera plus les Témoins de Jéhovah, Nord Eclair). Il faut toutefois noter que, comme les années précédentes, il n’y a aucune plainte d’aucune sorte à l’encontre de l’association locale des Témoins de Jéhovah à l’occasion de leur assemblée religieuse.

L’intimidation aura donc malgré tout payé à terme mais la communauté internationale ne manquera pas de s’étonner du silence des autorités françaises, de la cécité volontaire et de l’inaction des diverses autorités françaises face à de l’hostilité antireligieuse.

En 2023, le CAFFES a reçu 150 000 EUR de subventions publiques, soit 90% de son budget, dans le cadre d’un appel à projets de la MIVILUDES, pour exercer ses activités de “protecteur des consommateurs de croyances.”

Il faut noter que le CAFFES est sous surveillance de la Cour des Comptes. Des plaintes ont également été déposées concernant l’utilisation de subventions publiques mais à ce stade le CAFFES reste sous statut de présomption d’innocence.

L’objectif de la stigmatisation répétée des Témoins de Jéhovah avec l’aide de certains médias en quête de sensationnalisme est de les rendre  “indésirables” aux yeux de l’opinion publique et des décideurs politiques.

Hors de France, on ne comprend pas pourquoi la Légion d’Honneur a été attribuée (en 2011) à une personne pour son combat de plusieurs décennies contre les Témoins de Jéhovah pour des raisons familiales personnelles: le choix de sa fille (adulte) de rejoindre cette communauté religieuse contre l’avis de sa mère. 

Faire du prosélytisme ou partager sa foi?

La raison invoquée pour annoncer l’interdiction de location de salle en 2027 est d’éviter le “prosélytisme,” à savoir le droit de partager sa foi et ses idées religieuses. Ce droit est devenu sacré depuis le jugement de la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg dans l’affaire Kokkinakis c. Grèce le 25 mai 1993. Il a ensuite été très souvent confirmé dans bien d’autres jugements à Strasbourg.

Il convient de noter que la France a ‘pollué’ la signification de l’expression “faire du prosélytisme” en lui attribuant une connotation négative. En droit européen, il signifie tout simplement et de façon neutre “partager ses convictions religieuses” au même titre que partager ses convictions politiques, syndicales ou philosophiques et donc faire de nouveaux membres.

Conclusion

Des médias dans les régions du Havre et de Dunkerque, dont certains mentionnés ci-dessus, ont surtout répercuté les vives oppositions à la commémoration de l’équivalent de la fête de Pâques célébrée par les Témoins de Jéhovah mais également de fausses graves accusations. Aucun de ces médias n’a pris la peine de traiter la question du point de vue neutre de la liberté de croyance, de culte et d’assemblée.

Aucun média national ne semble être tombé dans ce genre de travers. 

mercredi 8 avril 2026

L'Envoyée spéciale de l’UE pour la liberté religieuse nouvellement nommée

Mairead McGuinness nommée Envoyée spéciale de l’UE pour la liberté religieuse : la fin d’une longue attente 

par Sarah Berger  

La nomination de Mairead McGuinness en tant que nouvelle Envoyée Spéciale de l’Union Européenne pour la promotion de la liberté de religion ou de conviction (FoRB) en dehors de l’UE marque un tournant attendu dans la diplomatie européenne des droits de l’homme. Cette décision, officialisée après une vacance de plus de seize mois, met fin à une période d’incertitude qui avait suscité de vives critiques de la part des organisations de la société civile et des défenseurs des libertés fondamentales. L’arrivée de cette figure politique irlandaise de premier plan à ce poste stratégique est accueillie comme une excellente nouvelle, signalant une volonté renouvelée de Bruxelles de s’engager sur un terrain où son influence est cruciale.

 

Le parcours de Mairead McGuinness plaide en faveur de sa capacité à relever les défis complexes inhérents à cette mission. Ancienne vice-présidente du Parlement européen et commissaire européenne aux services financiers, elle dispose d’une connaissance approfondie des rouages institutionnels et d’une expérience diplomatique solide. Sa carrière, débutée dans le journalisme agricole avant de s’orienter vers la politique européenne en 2004, a été marquée par une capacité constante à construire des consensus et à naviguer dans des environnements multilatéraux exigeants. En tant que députée européenne pendant seize ans, elle a acquis une compréhension fine des enjeux géopolitiques et des tensions qui peuvent naître à l’intersection de la politique et des convictions religieuses.

[...]

L’accueil réservé à sa nomination témoigne de l’espoir qu’elle suscite. La Commission des Épiscopats de l’Union Européenne (COMECE) a rapidement exprimé ses félicitations, soulignant l’importance de ce poste pour la paix et la stabilité internationale. De même, des membres du Parlement européen, toutes tendances confondues, ont salué le choix d’une personnalité d’envergure pour occuper cette fonction. Cette unanimité souligne la reconnaissance de l’urgence à agir. La liberté de religion ou de conviction est souvent le « canari dans la mine » des droits de l’homme : lorsque ce droit est bafoué, d’autres libertés fondamentales ne tardent généralement pas à suivre. 

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La France dans le collimateur de l'OSCE pour sa laïcité unique au monde

La France au banc des accusés : Quand l’OSCE déshabille la laïcité à la française

par  Steve Eisenberg 

Il y a des moments où le miroir tendu par la communauté internationale devient si net qu’il en devient insupportable pour ceux qui s’y regardent. Le dernier rapport des représentants personnels de la présidence de l’OSCE, suite à leur visite en France en juin 2025, est de ceux-là. Ce document n’est pas seulement une énième compilation de griefs administratifs. C’est un réquisitoire clinique, presque chirurgical, contre une dérive française que nous sommes de plus en plus nombreux à dénoncer : la transformation d’une laïcité de liberté en une laïcité de contrôle, voire de combat. L’ambassadeur Evren Dağdelen Akgün, le rabbin Andrew Baker et le professeur Wolfgang Palaver ne sont pas des militants ; ce sont des observateurs chevronnés qui, au fil de leurs rencontres avec la société civile et les autorités, ont vu se dessiner le portrait d’une République qui, à force de vouloir protéger ses valeurs, finit par piétiner celles de ses propres citoyens.

 

Ce qui frappe d’emblée à la lecture de ce rapport, c’est le sentiment d’urgence qui s’en dégage concernant la communauté juive. On parle ici de la plus grande communauté juive d’Europe, plus de 500 000 personnes, qui vit aujourd’hui dans une sorte de malaise existentiel permanent. Quand le directeur exécutif du CRIF confie aux délégués de l’OSCE que presque chaque famille juive en France a, à un moment ou à un autre, envisagé l’émigration, on ne peut plus se contenter de discours lénifiants sur le « vivre-ensemble ». Le rapport décrit une « atmosphère » d’antisémitisme sur les campus universitaires, avec des incidents violents récurrents, souvent liés à l’activisme pro-palestinien. Mais le plus tragique, c’est peut-être ce qui se passe dans les écoles secondaires, où le harcèlement pousse les familles à un exode silencieux vers le privé. Et là, on touche au cœur de l’absurdité française : parce que notre dogme républicain interdit de collecter des données basées sur la religion, cet exode reste officiellement invisible. L’État se veut aveugle pour être juste, mais cette cécité volontaire l’empêche de soigner les plaies qu’il refuse de voir. On se retrouve avec une communauté qui doit payer de sa poche pour sa propre sécurité, une charge que l’OSCE juge, à juste titre, discriminatoire par rapport aux autres cultes.

[...] 

C’est cependant sur le chapitre des « minorités religieuses » et de la fameuse Miviludes que le rapport de l’OSCE devient le plus cinglant, et c’est là que mon regard de journaliste s’arrête avec une attention particulière. La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires est ici dépeinte comme un organe dont la méthodologie est pour le moins opaque. Le rapport souligne un « deux poids, deux mesures » qui devrait faire rougir n’importe quel défenseur de l’État de droit. Des pratiques comme le prosélytisme public ou la collecte de fonds, qui ne posent aucun problème lorsqu’elles sont le fait des grandes religions historiques, sont immédiatement étiquetées comme des « aberrations » ou des « dérives » lorsqu’elles émanent de groupes plus petits. L’OSCE cite nommément les Témoins de Jéhovah et la Scientology. Concernant cette dernière, le rapport est d’une clarté limpide : le fait que la Miviludes consacre une page entière à ce mouvement dans son rapport 2025, en le traitant de fait comme une secte, est considéré comme un acte qui alimente directement la discrimination et la stigmatisation. 

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