mardi 2 juin 2026

L'article de Sarah Berger sur Allemagne : après près de trente ans, l’Office fédéral de protection de la Constitution met fin à la surveillance de la Scientology apporte des précisions sur le changement qui va se produire en Allemagne. La vérité finit toujours par éclater voire éclabousser...  

Selon plusieurs médias publics allemands et rédactions nationales, le service allemand de renseignement intérieur Bundesamt für Verfassungsschutz (Office fédéral de protection de la Constitution, BfV) aurait décidé de mettre fin à la surveillance nationale de l’Église de Scientology en Allemagne, après près de trois décennies d’observation.

 Cette décision marque un tournant majeur dans une politique sécuritaire lancée dans les années 1990, dans un climat de forte hostilité politique et médiatique envers le mouvement religieux. La surveillance avait été officiellement justifiée par des soupçons d’objectifs « anticonstitutionnels ». Pourtant, après des décennies d’enquêtes, d’écoutes, de rapports et de procédures judiciaires, les autorités allemandes n’ont jamais été capables de démontrer l’existence d’activités délictuelles ou subversives ou menaçant l’ordre démocratique.

D’après les informations rapportées aujourd’hui dans la presse allemande, le BfV estime désormais devoir concentrer ses ressources sur d’autres priorités sécuritaires, notamment l’extrémisme violent, l’espionnage russe, les cyberattaques ou encore les menaces terroristes.

Mais derrière cette justification officielle se cache une réalité connue depuis longtemps dans les milieux politiques et administratifs allemands : la surveillance de la Scientology était devenue de plus en plus difficile à défendre. En interne, des critiques existaient depuis des années sur les millions d’euros dépensés pour surveiller un mouvement religieux qui, malgré une attention constante des services de renseignement, n’avait produit aucun élément tangible permettant de justifier la poursuite d’un tel dispositif.

Plusieurs Länder avaient déjà discrètement abandonné cette surveillance. Le dernier exemple notable fut celui du Bade-Wurtemberg, qui avait cessé l’observation du mouvement après avoir reconnu l’absence de menace concrète pour l’ordre constitutionnel.

Pendant toutes ces années, la surveillance par les offices de protection de la Constitution a pourtant eu des conséquences humaines parfois dramatiques. En Allemagne, le simple fait qu’un groupe figure sur la liste des organisations surveillées par le BfV suffisait souvent à créer un climat de suspicion sociale et professionnelle.

Des scientologistes ont ainsi vu leur employeur contacté par des autorités ou des administrations, parfois explicitement alertés sur leur appartenance religieuse. Certains ont perdu leur emploi, se sont vu refuser des contrats publics ou ont été exclus de certaines professions. Cette politique a donné lieu à un très grand nombre de contentieux devant les juridictions allemandes.

Or, dans ces affaires, les autorités ont régulièrement subi des revers judiciaires. Au fil des années, les tribunaux allemands ont rendu des dizaines de décisions reconnaissant que la Scientology était un mouvement religieux légitime, et que les membres de la Scientology bénéficiaient eux aussi de la protection de l’article 4 de la Loi fondamentale allemande, qui garantit la liberté de religion et de croyance.

Les juges ont rappelé à plusieurs reprises que l’État ne pouvait pas discriminer des citoyens en raison de leur appartenance religieuse, sauf preuve concrète d’activités illégales ou anticonstitutionnelles — preuve qui, malgré près de trente ans de surveillance intensive, n’a jamais été apportée.

La décision du BfV apparaît ainsi comme la reconnaissance implicite de l’échec d’une politique controversée, longtemps dénoncée par des juristes, des défenseurs des libertés civiles et plusieurs observateurs internationaux des droits humains.

Depuis les années 1990, l’Allemagne faisait figure d’exception en Europe occidentale par l’ampleur des mesures prises contre la Scientology : campagnes publiques d’avertissement, exclusions professionnelles, questionnaires de loyauté dans certains secteurs et surveillance par les services de renseignement intérieur. Cette situation avait suscité à plusieurs reprises des critiques à l’étranger, notamment aux États-Unis, où certains responsables politiques voyaient dans ces pratiques une atteinte à la liberté religieuse.

La fin annoncée de cette surveillance fédérale constitue donc bien plus qu’une simple réorganisation administrative. Elle marque la fin d’un chapitre particulièrement controversé de l’histoire allemande contemporaine en matière de liberté de conscience.

Après trois décennies d’enquêtes sans résultats probants, il était difficilement soutenable de continuer à présenter comme une menace pour la démocratie un mouvement religieux dont les membres ont, à maintes reprises, obtenu gain de cause devant les tribunaux allemands eux-mêmes.

Cette décision tardive ne fera sans doute pas disparaître immédiatement les stigmates accumulés au fil des années. Mais elle constitue un signal important : dans un État de droit, la surveillance exceptionnelle d’un groupe religieux ne peut devenir permanente lorsqu’aucun fait répréhensible n’est finalement établi.

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vendredi 29 mai 2026

Saint-Denis : un défi "TikTok" malsain visant les églises de Scientology créant de l'hostilité

L'article intitulé Saint-Denis : un “défi TikTok” visant la Scientology conduit à des gardes à vue et relance le débat sur la protection des lieux de culte, écrit sous la plume de Steve Eisenberg montre comment Tik Tok peut manipuler des jeunes. 

Une cible facilement identifiable, comme la Scientology, sur laquelle ces jeunes jettent leur dévolu dans le but de la dénigrer, sous prétexte de jeux grotesques voire devenus violents pour certains. 

Deux jeunes hommes de 18 ans ont été placés en garde à vue à Saint-Denis après s’être introduits sans autorisation dans les locaux de Église de Scientology, le 30 avril 2026, en hurlant, et en brandissant une tête d’animal mort. Selon les éléments rapportés par la presse, ils participaient à un défi diffusé sur TikTok consistant à pénétrer dans des bâtiments de l’organisation religieuse en courant et en criant, avec pour objectif d’aller le plus loin possible avant d’être interceptés.

L’un des deux a été interpellé à l’intérieur du bâtiment, situé à proximité du Stade de France, tandis que le second a été arrêté à l’extérieur. Le parquet de Bobigny a confirmé leur placement en garde à vue. Les faits s’inscrivent dans un phénomène plus large, apparu aux États-Unis avant d’être relayé en Europe, et qui consiste à appeler publiquement à « raider » des lieux liés à la Scientology pour en tirer des vidéos virales.

Il ne s’agit pas d’un simple jeu. Ces appels reposent sur le ciblage explicite d’une organisation religieuse dans ses lieux de pratique. Or, ces lieux doivent être considérés pour ce qu’ils sont : des espaces de culte, au même titre qu’une synagogue, une mosquée ou une église d’une autre confession. Les viser pour provoquer, perturber ou ridiculiser constitue une atteinte au principe même de liberté religieuse.

Aux États-Unis, où ce type de contenus est apparu, plusieurs incidents ont montré que ces « raids » pouvaient dégénérer. Des groupes sont entrés dans des bâtiments de la Scientology, ont bousculé et blessé du personnel et, dans certains cas, provoqué des dégradations à l’intérieur. Ces séquences, filmées et diffusées en ligne, ont contribué à alimenter la viralité du phénomène et à encourager sa reproduction.

Le passage de ces pratiques dans le contexte français n’est pas anodin. Il existe une circulation rapide de comportements qui, une fois transposés, entrent en contradiction avec le cadre juridique national. En droit français, la liberté de religion implique la protection des lieux de culte contre les perturbations. Appeler publiquement à des actions visant spécifiquement une communauté religieuse peut, selon les cas, relever d’infractions, notamment lorsqu’il s’agit d’inciter à troubler l’exercice d’un culte.

Les contenus à l’origine de ces défis reposent sur des instructions explicites : se rendre sur place, entrer, provoquer une réaction, filmer. Ce mécanisme transforme des spectateurs en participants potentiels. Les gardes à vue intervenues à Saint-Denis apparaissent ainsi comme la conséquence directe d’incitations largement diffusées.

Le fait que la Scientology fasse l’objet de critiques ne modifie pas la nature des actes commis. Dans un État de droit, les désaccords avec une organisation religieuse s’expriment dans le débat public ou devant les juridictions compétentes, et non par des actions visant à perturber physiquement ses lieux de culte. Le parallèle avec d’autres religions est éclairant : des appels à « envahir » une synagogue ou une mosquée seraient immédiatement identifiés comme problématiques et traités comme tels.

Dans ce contexte, certains observateurs soulignent que la stigmatisation répétée de minorités religieuses dans le débat public peut contribuer à créer un climat propice à ce type de comportements. En France, des institutions comme la MIVILUDES, chargées de surveiller les « dérives sectaires », jouent un rôle central dans la manière dont certaines organisations sont perçues. Le fait de désigner régulièrement certains groupes comme problématiques peut être interprété par une partie du public comme une forme de validation implicite d’hostilité à leur égard.

Ce mécanisme est connu : lorsque des minorités sont présentées de manière récurrente sous un angle négatif, certains individus peuvent se sentir légitimés à adopter des comportements de confrontation, voire d’agression. Les « défis » observés aujourd’hui s’inscrivent dans ce contexte, où la frontière entre critique institutionnelle et stigmatisation sociale peut devenir floue.

Sur le plan juridique, la situation reste néanmoins claire. L’intrusion dans un lieu de culte, la perturbation de son fonctionnement ou l’incitation à de tels actes peuvent constituer des infractions. De même, les appels publics à participer à ces actions peuvent engager la responsabilité de leurs auteurs, en particulier lorsqu’ils visent un groupe en raison de son appartenance religieuse.

Les événements de Saint-Denis ne relèvent donc pas d’un simple phénomène viral sans conséquence. Ils sont une illustration de la manière dont des contenus en ligne peuvent encourager des comportements concrets visant des communautés religieuses, avec des implications juridiques immédiates. Ils rappellent également que la protection de la liberté de culte ne dépend pas de la popularité ou de l’image d’une religion, mais constitue un principe fondamental qui s’applique à toutes.

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Témoins de Jéhovah : la justice suédoise rappelle les limites du contrôle de l’État sur les religions

L'article écrit par Steve Eisenberg révèle un droit qui a tendance à être bafoué quand il est question de liberté religieuse ou spirituelle ou encore thérapeutique. 

Dans une décision concernant les Témoins de Jéhovah rendue le 7 mai 2026 par le tribunal administratif de Stockholm (Förvaltningsrätten i Stockholm), la justice suédoise a de nouveau rappelé un principe fondamental du droit européen : un État démocratique ne peut pas traiter une communauté religieuse différemment simplement parce que ses croyances ou certaines de ses pratiques déplaisent aux autorités publiques. Le tribunal s’est expressément appuyé sur la Convention européenne des droits de l’homme, notamment sur l’article 9 relatif à la liberté de religion, ainsi que sur le principe de neutralité religieuse développé par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. 

Cette affaire, qui concerne les Témoins de Jéhovah, s’inscrit dans un contentieux ancien opposant le mouvement religieux à l’État suédois à propos du financement public des communautés religieuses reconnues. Depuis plus de quinze ans, les juridictions administratives suédoises sont régulièrement saisies afin de déterminer jusqu’où les autorités peuvent aller lorsqu’elles examinent les croyances et les pratiques internes d’une religion avant de lui accorder des aides publiques. 

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