Et
puis, dans un moment de surréalisme involontaire, le documentaire
introduit un témoin généré par l'intelligence artificielle, qui, selon
lui, était basé sur une personne réelle, mais qui avait peur. La France
abrite des milliers de scientologues, mais la production a apparemment
trouvé plus facile de synthétiser un être humain que d’en interviewer
un. C’est un choix éditorial audacieux, mais peut-être pas un choix qui
renforce la crédibilité de l’entreprise. Peut-être que le prochain
documentaire de France 5 présentera un hologramme.
Le
défilé de témoins douteux se poursuit. Joy Villa, présentée comme une «
jeune actrice américaine démunie », est en fait un interprète mineur
avec une poignée de rôles de fond, maintenant réinventé en tant que
chrétien évangélique qui revendique la révélation divine sur la
malveillance de la Scientologie. Son histoire personnelle, y compris un
différend conjugal dramatique impliquant une somme d'argent
substantielle, n'est pas mentionnée. Le documentaire préfère que ses
personnages soient simples, sans fardeau par la nuance.
Tout
cela aurait pu encore être récupérable si le « débat » ultérieur
offrait un semblant de pluralisme. Au lieu de cela, le panel était
composé exclusivement de critiques de longue date de la Scientologie, y
compris des organisations et des individus ayant une histoire de litige
contre le mouvement – des litiges qui n’ont pas toujours fini en leur
faveur. L’UNADFI, représenté par l’avocat Olivier Morice, a été condamné
par la Cour d’appel de Paris en 2015 à verser 21.000 € aux
Scientologues pour action en justice abusive, une décision confirmée en
2017. Ce contexte aussi était absent.
Lorsque l’Église a
demandé qu’un représentant soit autorisé à participer au débat, France
Télévisions a refusé, invoquant la « liberté éditoriale ». La phrase
devient une sorte de talisman, utilisé pour conjurer le spectre du
pluralisme. Un radiodiffuseur public aurait dû se féliciter de
l'opportunité d'échanges directs. Au lieu de cela, il a choisi le
confort de l'unanimité. La réponse du radiodiffuseur aux préoccupations
concernant l’impartialité était tout aussi révélatrice. Lorsqu'on leur a
confronté la possibilité que ses obligations aient été violées, France
Télévisions a suggéré que la responsabilité incombe à Tohubohu, le
producteur délégué, qui avait contractuellement accepté de protéger le
radiodiffuseur contre les conséquences juridiques. C'est une défense
curieuse: le diffuseur public revendique la liberté éditoriale lors de
la sélection des voix, mais l'impuissance contractuelle lorsque ces
choix sont remis en question.
On n’a pas besoin d’être
sympathique à la Scientologie pour trouver cela troublant. On n’a pas
besoin d’approuver ses croyances, ses pratiques ou sa structure
organisationnelle. Il faut croire que la radiodiffusion publique doit
respecter les principes qui justifient son existence: l'impartialité,
l'honnêteté et le pluralisme. Ce ne sont pas des idéaux décoratifs. Ce
sont des obligations légales, financées par les contribuables, qui
visent à faire en sorte que les médias publics servent le public, et non
un récit.
France 5 a eu l’occasion d’inclure des
érudits de nouveaux mouvements religieux qui les étudient avec rigueur
académique. La France a de tels érudits. Bernadette Rigal-Cellard, par
exemple, a passé des décennies à examiner les religions minoritaires
avec un sérieux méthodologique. À l’échelle internationale, Donald
Westbrook a publié de nombreux articles sur la Scientology avec Oxford
University Press et Cambridge University Press, à peine des points de
vente marginaux. Ces voix n'ont pas été invitées. Leur absence n’est pas
un oubli, c’est un choix. Au lieu de cela, le programme s’appuyait sur
Stephen Kent, un sociologue canadien dont l’hostilité envers les
religions, ancienne et nouvelle, est si prononcée qu’il a publiquement suggéré
que de nombreux fondateurs de grandes religions du monde – y compris le
prophète Mohammed et l’apôtre Paul – souffraient de troubles mentaux
graves. Il a récemment écrit: «Peut-être Dieu existe-t-il, mais s’Il (ou
Elle ou Elle ou eux) le font, alors on se demande pourquoi Dieu a
choisi tant de révélations pour venir à travers des esprits désordonnés.
» Lorsque quelqu’un applique ce réductionnisme psychiatrique à toute
l’histoire de la religion, il devient difficile de prendre au sérieux sa
certitude clinique soudaine lorsqu’il se tourne vers la Scientologie.
Les défenseurs du documentaire soutiendront que l’inclusion
de scientologues ou de chercheurs neutres aurait « légitimer » le
mouvement. Cet argument comprend mal le journalisme. Le journalisme ne
consiste pas à protéger les téléspectateurs de la complexité. Il s’agit
de présenter la complexité et de faire confiance aux spectateurs pour y
naviguer. Un documentaire qui exclut toutes les voix dissidentes n'est
pas une enquête.
Ce que France 5 a offert hier soir
était un monologue – poli, confiant et hermétiquement scellé. La
production a pris la répétition pour la rigueur, l'unanimité pour la
vérité, et le spectacle pour l'enquête. C'était, en bref, une occasion
manquée.
La Scientologie a des ennemis. Ça soulève des
questions. Il mérite un examen minutieux. Mais l'examen nécessite plus
qu'un scénario prédéterminé et un casting d'antagonistes familiers. Cela
demande de la curiosité, de l’humilité et de la volonté d’entendre ceux
qui ne correspondent pas au récit. France 5 a choisi le contraire.
Le
résultat était une chambre d'écho magnifiquement éclairée, éditée
professionnellement, mais toujours une chambre d'écho. Indépendamment de
la dramatique des échos, ils ne sont pas qualifiés de journalisme.
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Massimo Introvigne (né le 14 juin 1955 à Rome) est un sociologue
italien des religions. Il est le fondateur et directeur général du
Center for Studies on New Religions (CESNUR),
un réseau international de chercheurs qui étudient de nouveaux
mouvements religieux. Introvigne est l’auteur de quelque 70 ouvrages et
de plus de 100 articles dans le domaine de la sociologie de la religion.
Il était l'auteur principal de la Enciclopedia delle religioni en Italie (Encyclopédie des religions en Italie). Il est membre du comité de rédaction de l’Interdisciplinary Journal of Research on Religion et du conseil exécutif de Nova Religio de University of California Press. Du
5 janvier au 31 décembre 2011, il a été « Représentant sur la lutte
contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, en mettant
l’accent sur la discrimination à l’égard des chrétiens et des membres
d’autres religions » de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe
(OSCE). De 2012 à 2015, il a été président de l’Observatoire de la
liberté religieuse, institué par le ministère italien des Affaires
étrangères afin de surveiller les problèmes de liberté religieuse à
l’échelle mondiale.