vendredi 29 mai 2026

Saint-Denis : un défi "TikTok" malsain visant les églises de Scientology créant de l'hostilité

L'article intitulé Saint-Denis : un “défi TikTok” visant la Scientology conduit à des gardes à vue et relance le débat sur la protection des lieux de culte, écrit sous la plume de Steve Eisenberg montre comment Tik Tok peut manipuler des jeunes. 

Une cible facilement identifiable, comme la Scientology, sur laquelle ces jeunes jettent leur dévolu dans le but de la dénigrer, sous prétexte de jeux grotesques voire devenus violents pour certains. 

Deux jeunes hommes de 18 ans ont été placés en garde à vue à Saint-Denis après s’être introduits sans autorisation dans les locaux de Église de Scientology, le 30 avril 2026, en hurlant, et en brandissant une tête d’animal mort. Selon les éléments rapportés par la presse, ils participaient à un défi diffusé sur TikTok consistant à pénétrer dans des bâtiments de l’organisation religieuse en courant et en criant, avec pour objectif d’aller le plus loin possible avant d’être interceptés.

L’un des deux a été interpellé à l’intérieur du bâtiment, situé à proximité du Stade de France, tandis que le second a été arrêté à l’extérieur. Le parquet de Bobigny a confirmé leur placement en garde à vue. Les faits s’inscrivent dans un phénomène plus large, apparu aux États-Unis avant d’être relayé en Europe, et qui consiste à appeler publiquement à « raider » des lieux liés à la Scientology pour en tirer des vidéos virales.

Il ne s’agit pas d’un simple jeu. Ces appels reposent sur le ciblage explicite d’une organisation religieuse dans ses lieux de pratique. Or, ces lieux doivent être considérés pour ce qu’ils sont : des espaces de culte, au même titre qu’une synagogue, une mosquée ou une église d’une autre confession. Les viser pour provoquer, perturber ou ridiculiser constitue une atteinte au principe même de liberté religieuse.

Aux États-Unis, où ce type de contenus est apparu, plusieurs incidents ont montré que ces « raids » pouvaient dégénérer. Des groupes sont entrés dans des bâtiments de la Scientology, ont bousculé et blessé du personnel et, dans certains cas, provoqué des dégradations à l’intérieur. Ces séquences, filmées et diffusées en ligne, ont contribué à alimenter la viralité du phénomène et à encourager sa reproduction.

Le passage de ces pratiques dans le contexte français n’est pas anodin. Il existe une circulation rapide de comportements qui, une fois transposés, entrent en contradiction avec le cadre juridique national. En droit français, la liberté de religion implique la protection des lieux de culte contre les perturbations. Appeler publiquement à des actions visant spécifiquement une communauté religieuse peut, selon les cas, relever d’infractions, notamment lorsqu’il s’agit d’inciter à troubler l’exercice d’un culte.

Les contenus à l’origine de ces défis reposent sur des instructions explicites : se rendre sur place, entrer, provoquer une réaction, filmer. Ce mécanisme transforme des spectateurs en participants potentiels. Les gardes à vue intervenues à Saint-Denis apparaissent ainsi comme la conséquence directe d’incitations largement diffusées.

Le fait que la Scientology fasse l’objet de critiques ne modifie pas la nature des actes commis. Dans un État de droit, les désaccords avec une organisation religieuse s’expriment dans le débat public ou devant les juridictions compétentes, et non par des actions visant à perturber physiquement ses lieux de culte. Le parallèle avec d’autres religions est éclairant : des appels à « envahir » une synagogue ou une mosquée seraient immédiatement identifiés comme problématiques et traités comme tels.

Dans ce contexte, certains observateurs soulignent que la stigmatisation répétée de minorités religieuses dans le débat public peut contribuer à créer un climat propice à ce type de comportements. En France, des institutions comme la MIVILUDES, chargées de surveiller les « dérives sectaires », jouent un rôle central dans la manière dont certaines organisations sont perçues. Le fait de désigner régulièrement certains groupes comme problématiques peut être interprété par une partie du public comme une forme de validation implicite d’hostilité à leur égard.

Ce mécanisme est connu : lorsque des minorités sont présentées de manière récurrente sous un angle négatif, certains individus peuvent se sentir légitimés à adopter des comportements de confrontation, voire d’agression. Les « défis » observés aujourd’hui s’inscrivent dans ce contexte, où la frontière entre critique institutionnelle et stigmatisation sociale peut devenir floue.

Sur le plan juridique, la situation reste néanmoins claire. L’intrusion dans un lieu de culte, la perturbation de son fonctionnement ou l’incitation à de tels actes peuvent constituer des infractions. De même, les appels publics à participer à ces actions peuvent engager la responsabilité de leurs auteurs, en particulier lorsqu’ils visent un groupe en raison de son appartenance religieuse.

Les événements de Saint-Denis ne relèvent donc pas d’un simple phénomène viral sans conséquence. Ils sont une illustration de la manière dont des contenus en ligne peuvent encourager des comportements concrets visant des communautés religieuses, avec des implications juridiques immédiates. Ils rappellent également que la protection de la liberté de culte ne dépend pas de la popularité ou de l’image d’une religion, mais constitue un principe fondamental qui s’applique à toutes.

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Témoins de Jéhovah : la justice suédoise rappelle les limites du contrôle de l’État sur les religions

L'article écrit par Steve Eisenberg révèle un droit qui a tendance à être bafoué quand il est question de liberté religieuse ou spirituelle ou encore thérapeutique. 

Dans une décision concernant les Témoins de Jéhovah rendue le 7 mai 2026 par le tribunal administratif de Stockholm (Förvaltningsrätten i Stockholm), la justice suédoise a de nouveau rappelé un principe fondamental du droit européen : un État démocratique ne peut pas traiter une communauté religieuse différemment simplement parce que ses croyances ou certaines de ses pratiques déplaisent aux autorités publiques. Le tribunal s’est expressément appuyé sur la Convention européenne des droits de l’homme, notamment sur l’article 9 relatif à la liberté de religion, ainsi que sur le principe de neutralité religieuse développé par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. 

Cette affaire, qui concerne les Témoins de Jéhovah, s’inscrit dans un contentieux ancien opposant le mouvement religieux à l’État suédois à propos du financement public des communautés religieuses reconnues. Depuis plus de quinze ans, les juridictions administratives suédoises sont régulièrement saisies afin de déterminer jusqu’où les autorités peuvent aller lorsqu’elles examinent les croyances et les pratiques internes d’une religion avant de lui accorder des aides publiques. 

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Comment France TV avec "Scientology, l'empire du secret" valorisent les apostats

L'article Rosita Šorytė, intitulé "France TV - Scientology, l'Empire du secret" (2026). Les apostats et les rituels médiatiques, est une étude du documentaire qui se voulait à sens unique et qui ne donnait la parole qu’aux ex-membres et anti-sectes en colère – une tendance qui se répète lorsque les médias traitent du sujet « sectes ». 

Cet article a été présenté à la sixième Conférence internationale de l’ISFORB, « FORB and the European Union », Institut pour l’étude de la liberté de religion ou de conviction, faculté de théologie évangélique, Louvain, Belgique, 7 mai 2026. 

Introduction: L’anti-cultisme comme performance médiatique

Le 15 février 2026, la chaîne publique française France TV a diffusé un documentaire intitulé « La Scientologie, l’Empire du Secret ». Présenté comme un exposé d’investigation, le programme appartient à un genre de longue date de productions médiatiques qui encadrent les religions minoritaires à travers la lentille interprétative du mouvement anti-secte. Plutôt que d’offrir une enquête équilibrée, le documentaire illustre ce que les érudits des nouveaux mouvements religieux (MRN) identifient comme un « rituel de dénonciation publique »: une performance symbolique dans laquelle une minorité religieuse est présentée comme une menace, les apostats sont élevés comme témoins faisant autorité, et les voix dissidentes ou contextualisantes sont exclues. Cet article soutient que la diffusion de France TV est mieux comprise non pas comme du journalisme, mais comme un scénario culturel qui reproduit l’idéologie anti-culte par l’approvisionnement sélectif, la simplification narrative et l’omission systématique de l’expertise scientifique.

La structure du documentaire, les choix de casting et la table ronde qui l’accompagne révèlent un modèle cohérent: la construction de la Scientologie comme intrinsèquement dangereuse, opaque et socialement déviante, obtenue grâce à un ensemble soigneusement organisé de témoignages et de repères interprétatifs. Les stratégies rhétoriques du programme – sa dépendance à l’égard des apostats professionnels, son utilisation non critique du discours de « lavage de cerveau », ses moqueries des croyances religieuses et son refus d’inclure des scientologues ou des chercheurs neutres – illustrent comment les médias peuvent fonctionner comme une extension de l’activisme anti-culte plutôt que comme une force d’enquête indépendante. L'affaire soulève également des questions plus larges sur les responsabilités des radiodiffuseurs publics dans les sociétés pluralistes, en particulier lorsqu'il s'agit de
rendre compte de mouvements religieux inconnus. 

Contexte de production et conflits d'intérêts structurels

Tohubohu, une entreprise avec une longue histoire de collaborations avec France Télévisions, a produit le documentaire. Son directeur, Romain Icard, est également cofondateur de la société de production. Son partenaire d’affaires, Thierry Demaizière, est marié à un membre du Comité d’éthique de France Télévisions. Bien que cet arrangement ne détermine pas en soi le contenu éditorial, il soulève des préoccupations légitimes au sujet des conflits d'intérêts structurels dans un environnement de radiodiffusion publique qui est légalement tenu de maintenir l'impartialité. La réglementation française en matière de radiodiffusion souligne la nécessité de l'indépendance et de la transparence, mais la proximité entre le producteur et l'organe de surveillance complique les perceptions de neutralité. 

La séquence d’ouverture du documentaire donne le ton: la scientologie est introduite comme «l’une des organisations les plus controversées au monde», suivie immédiatement d’une liste d’affaires judiciaires que l’Église a perdues. En l’absence, ce sont les cas qu’il a gagnés, y compris ceux contre les organisations anti-cultes dont les représentants apparaissent dans le programme. Le documentaire répète ensuite un trope anti-culte familier: que la Scientologie est «moribonde», une affirmation non étayée par des données et contredite par l’aveu même du programme que le mouvement continue d’attirer des membres et des ressources. 

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Comment un documentaire peut déformer la réalité d'une situation

 

Le rôle étrange mais important d'une figure obscure dans l'incitation à la poursuite de Bivolaru et MISA en France.

par  et Rosita Šorytė  traducteur automatique 

Une brève mais percutante apparition dans la série « Twisted Yoga » est de Hugues Gascan, le fondateur obscur d’une petite organisation anti-culte française appelée GéPS (Groupe d’étude du phénomène sectaire, Groupe d’étude du Phénomène culte). L’histoire, telle qu’il la raconte dans le documentaire, est que Gascan "avait été impliqué dans la lutte contre ce type de mouvement et de cultes pendant de nombreuses années. C’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser à MISA. Je voulais comprendre le modus operandi, ce qui se passait avec MISA en France. Et j’ai commencé à lire et à enquêter lentement." "J’ai mis quelques mots-clés sur mon ordinateur: Paris, Roumanie, Guru, Cult. Et j’ai rapidement trouvé cet article dans les journaux australiens", le guidant vers Ashley, l’une des "victimes" que nous rencontrerons dans le prochain article de cette série. "J'ai donc été en contact avec Ashley et j'ai transmis ce témoignage au département de police chargé de ce qui se passe en termes de sectes en France", rapporte Gascan. C’est ainsi que commença l’enquête française. Il le prétend. 

Hughes Gascan. Screenshot.

Quiconque a regardé la récente vague de séries télévisées vraies – de crime-esprit‐panique reconnaîtra la formule: un sinistre «culte», un enquêteur héroïque, une chasse à bout de souffle au-delà des frontières et une révélation finale qui relie tout avec la propreté d’un storyboard Netflix. Mais la réalité, comme d'habitude, est plus désordonnée, étrangère et beaucoup moins obéissante à la structure narrative.

Avant novembre 2023, le GPS était si obscur que même les observateurs chevronnés de la scène anti-secte française auraient eu du mal à l'identifier. Pourtant, ses racines remontent à plus d'une décennie, à un laboratoire de recherche à Angers et à un scientifique dont la vie professionnelle a pris un tournant qu'aucun scénariste n'aurait pu tracer avec un visage droit.

Gascan était, selon tous les récits, un chercheur en médecine respecté à l’Université d’Angers, publiant dans des revues à comité de lecture et collaborant avec des collègues tels que P.J., une femme scientifique. Puis est venue une rupture – en partie à propos des thérapies alternatives contre le cancer, en partie à propos des personnalités, et en partie à propos de quelque chose de plus nébuleux. Gascan devint convaincu que P.J. était tombé sous l’influence d’une « secte » appelée Omalpha, dirigée par le professeur tantrique canadien Jean Bouchart d’Orval. Il est allé plus loin, affirmant que Bouchart d’Orval était empêtré avec Ashram Shambhala, un mouvement russe tentaculaire dont le fondateur, Konstantin Rudnev, avait été condamné en 2013 à Novossibirsk à onze ans de prison pour avoir dirigé une « secte » et abusé sexuellement des adeptes. Après l’emprisonnement de Rudnev, le mouvement s’est divisé en dizaines de rejetons indépendants – certains le dénonçant comme un gourou déchu, d’autres insistant sur le fait qu’il était un dissident politique chargé de preuves fabriquées de toutes pièces et puni pour avoir critiqué le régime Poutine. Pour des raisons expliquées ailleurs, cette dernière interprétation n'est pas aussi invraisemblable qu'elle peut paraître.  [...]

 

 [...]  Malgré l'opposition en France et à l'étranger, l'amendement a finalement été adopté en 2024, donnant à la France l'une des définitions juridiques les plus expansives de l'influence psychologique en Europe. On n’a pas besoin de se livrer à des théories du complot pour remarquer que les arrestations spectaculaires ont eu lieu quelques jours seulement avant le débat parlementaire sur la nouvelle loi anti-secte. Alors que les législateurs se préparaient à décider s’il fallait faciliter la poursuite des « sectes » pour « lavage de cerveau », un groupe accusé d’enlèvement et de viol de femmes a soudainement dominé les gros titres. Seul un croyant pieux à la coïncidence ne parviendrait pas à lever un sourcil.  [...]

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