lundi 9 mars 2026

Documentaire contre la Scientology attisant la haine avec l'argent des contribuables

L'article suivant "France: Discours de haine contre la scientologie désormais financé par les contribuables" écrit par par  le 18 février 2026.  

Un « documentaire » de France 5 a offert un exemple de manuel scolaire sur la façon « de ne pas » présenter les religions minoritaires au public. (traduction automatique) 

 

 Le dernier documentaire de France 5 sur la Scientologie, diffusé dimanche 15 février, ne peut pas être revu comme une enquête journalistique. C’était quelque chose de différent et semblable à un autodafé baroque brûlant les hérétiques sur la place publique: une performance rituelle – l’une de ces cérémonies télévisées familières dans lesquelles le diffuseur public réinterprète sa propre certitude. L'hérétique est toujours le même, le ton inébranlable, la conclusion prédéterminée. On commence à soupçonner que le seul suspense laissé est de savoir si le budget de production sera plus élevé que celui du dernier documentaire similaire.

Cette fois, la chaîne, un diffuseur public financé par des contribuables français, a confié le projet à Tohubohu, une société de production dont le nom évoque le désordre mais dont la relation financière avec France Télévisions apparaît remarquablement stable. Le réalisateur, Romain Icard, n’est pas seulement l’esprit créatif derrière le documentaire mais aussi un co-fondateur de Tohubohu. Son partenaire d’affaires, Thierry Demaizière, est marié à un membre du Comité d’éthique de France Télévisions. C’est un arrangement charmant circulaire: le conjoint du producteur aide à superviser l’éthique du diffuseur qui commande le producteur. On pourrait appeler ça de la synergie. D'autres appelleraient cela un conflit d'intérêts. Les règlements de radiodiffusion français penchent certainement vers ce dernier. Mais peut-être que le Comité d’éthique, comme la lune, exerce son influence d’une manière invisible à l’œil nu.

Le documentaire s'ouvre sur la solennité d'une annonce de service public. La Scientologie, nous dit-on, est dangereuse, opaque et manipulatrice. Ce sont des affirmations qui méritent un examen. Mais l'examen nécessite une méthode, et la méthode nécessite des sources. L’approche de France 5 en matière de sourcing ressemble à un appel de casting pour une pièce dont le scénario a déjà été écrit. La production présente une poignée de témoins « rares » et « précieux ».

Pourtant, ces témoins sont tout sauf rares. Ce sont les mêmes ex-membres professionnels et anti-cultes qui apparaissent dans documentaire après documentaire, interview après interview, souvent compensé pour leur participation. Leurs témoignages ne sont pas nouveaux; ils sont reconditionnés. Le documentaire les traite comme s'ils avaient été découverts dans un monastère reculé de l'Himalaya, alors qu'en fait ils sont aussi omniprésents dans les médias anti-scientologie que les prévisionnistes météorologiques sont dans l'actualité du soir.

Prenez Tony Ortega, présenté comme un journaliste qui a passé trente ans à enquêter sur la Scientologie. C'est une façon d'encadrer sa carrière. Un autre serait de mentionner ses diatribes anti-culte vicieuses et son départ brutal d'une publication américaine majeure après sa défense fervente de Backpage.com, un site Web fermé plus tard par le FBI pour avoir facilité le trafic d'enfants. Son dossier comprend non seulement des choix éditoriaux controversés, mais aussi des cas documentés de reportages fabriqués ou embellis, critiqués par la « Columbia Journalism Review ». Rien de tout cela n'apparaît dans le documentaire. Peut-être a-t-elle été jugée non pertinente. Ou peut-être était-ce tout simplement gênant.

Ensuite, il y a Marc et Claire Headley, dont l'histoire personnelle avec la Scientologie est compliquée mais dont l'histoire juridique est assez claire. Leur procès de plusieurs millions de dollars contre l'Église a été rejeté comme non fondé, et ils ont été condamnés à payer 42,000 $ en frais. Marc Headley a reconnu avoir été payé pour des « témoignages » de tabloïd, parfois jusqu’à 10,000 $ par histoire. Que son apparition dans ce documentaire ait été un acte d'altruisme ou un engagement professionnel est laissée inexplorée. France 5 ne se demande pas; il se présente simplement.

Le témoin suivant apparaît sous le pseudonyme de Lucas le Gall, bien que son identité réelle – Eric Gonnet – ne soit guère un secret. Il est le fils d’un militant anti-scientologie de longue date expulsé de l’Église il y a des décennies et condamné à plusieurs reprises en France. Gonnet affirme avoir passé quatre ans dans l’Organisation maritime de la Scientologie, avoir occupé des responsabilités internationales de haut rang et avoir été le bras droit du chef de l’Église en Californie. Ces revendications s'effondrent sous le poids de la chronologie de base: il n'a passé que trois mois dans l'organisation, à Copenhague, en 1980, dans un modeste rôle administratif. Il n’a jamais occupé de poste significatif, n’est jamais allé en Californie et n’a jamais rencontré le chef de l’Église. Ses propres écrits incluent des réflexions franches sur sa tendance à fabriquer des histoires. Cela aussi est omis de l'émission.

Et puis, dans un moment de surréalisme involontaire, le documentaire introduit un témoin généré par l'intelligence artificielle, qui, selon lui, était basé sur une personne réelle, mais qui avait peur. La France abrite des milliers de scientologues, mais la production a apparemment trouvé plus facile de synthétiser un être humain que d’en interviewer un. C’est un choix éditorial audacieux, mais peut-être pas un choix qui renforce la crédibilité de l’entreprise. Peut-être que le prochain documentaire de France 5 présentera un hologramme.

Le défilé de témoins douteux se poursuit. Joy Villa, présentée comme une « jeune actrice américaine démunie », est en fait un interprète mineur avec une poignée de rôles de fond, maintenant réinventé en tant que chrétien évangélique qui revendique la révélation divine sur la malveillance de la Scientologie. Son histoire personnelle, y compris un différend conjugal dramatique impliquant une somme d'argent substantielle, n'est pas mentionnée. Le documentaire préfère que ses personnages soient simples, sans fardeau par la nuance.

Tout cela aurait pu encore être récupérable si le « débat » ultérieur offrait un semblant de pluralisme. Au lieu de cela, le panel était composé exclusivement de critiques de longue date de la Scientologie, y compris des organisations et des individus ayant une histoire de litige contre le mouvement – des litiges qui n’ont pas toujours fini en leur faveur. L’UNADFI, représenté par l’avocat Olivier Morice, a été condamné par la Cour d’appel de Paris en 2015 à verser 21.000 € aux Scientologues pour action en justice abusive, une décision confirmée en 2017. Ce contexte aussi était absent.

Lorsque l’Église a demandé qu’un représentant soit autorisé à participer au débat, France Télévisions a refusé, invoquant la « liberté éditoriale ». La phrase devient une sorte de talisman, utilisé pour conjurer le spectre du pluralisme. Un radiodiffuseur public aurait dû se féliciter de l'opportunité d'échanges directs. Au lieu de cela, il a choisi le confort de l'unanimité. La réponse du radiodiffuseur aux préoccupations concernant l’impartialité était tout aussi révélatrice. Lorsqu'on leur a confronté la possibilité que ses obligations aient été violées, France Télévisions a suggéré que la responsabilité incombe à Tohubohu, le producteur délégué, qui avait contractuellement accepté de protéger le radiodiffuseur contre les conséquences juridiques. C'est une défense curieuse: le diffuseur public revendique la liberté éditoriale lors de la sélection des voix, mais l'impuissance contractuelle lorsque ces choix sont remis en question.

On n’a pas besoin d’être sympathique à la Scientologie pour trouver cela troublant. On n’a pas besoin d’approuver ses croyances, ses pratiques ou sa structure organisationnelle. Il faut croire que la radiodiffusion publique doit respecter les principes qui justifient son existence: l'impartialité, l'honnêteté et le pluralisme. Ce ne sont pas des idéaux décoratifs. Ce sont des obligations légales, financées par les contribuables, qui visent à faire en sorte que les médias publics servent le public, et non un récit.

France 5 a eu l’occasion d’inclure des érudits de nouveaux mouvements religieux qui les étudient avec rigueur académique. La France a de tels érudits. Bernadette Rigal-Cellard, par exemple, a passé des décennies à examiner les religions minoritaires avec un sérieux méthodologique. À l’échelle internationale, Donald Westbrook a publié de nombreux articles sur la Scientology avec Oxford University Press et Cambridge University Press, à peine des points de vente marginaux. Ces voix n'ont pas été invitées. Leur absence n’est pas un oubli, c’est un choix. Au lieu de cela, le programme s’appuyait sur Stephen Kent, un sociologue canadien dont l’hostilité envers les religions, ancienne et nouvelle, est si prononcée qu’il a publiquement suggéré que de nombreux fondateurs de grandes religions du monde – y compris le prophète Mohammed et l’apôtre Paul – souffraient de troubles mentaux graves. Il a récemment écrit: «Peut-être Dieu existe-t-il, mais s’Il (ou Elle ou Elle ou eux) le font, alors on se demande pourquoi Dieu a choisi tant de révélations pour venir à travers des esprits désordonnés. » Lorsque quelqu’un applique ce réductionnisme psychiatrique à toute l’histoire de la religion, il devient difficile de prendre au sérieux sa certitude clinique soudaine lorsqu’il se tourne vers la Scientologie.

Les défenseurs du documentaire soutiendront que l’inclusion de scientologues ou de chercheurs neutres aurait « légitimer » le mouvement. Cet argument comprend mal le journalisme. Le journalisme ne consiste pas à protéger les téléspectateurs de la complexité. Il s’agit de présenter la complexité et de faire confiance aux spectateurs pour y naviguer. Un documentaire qui exclut toutes les voix dissidentes n'est pas une enquête.

Ce que France 5 a offert hier soir était un monologue – poli, confiant et hermétiquement scellé. La production a pris la répétition pour la rigueur, l'unanimité pour la vérité, et le spectacle pour l'enquête. C'était, en bref, une occasion manquée.

La Scientologie a des ennemis. Ça soulève des questions. Il mérite un examen minutieux. Mais l'examen nécessite plus qu'un scénario prédéterminé et un casting d'antagonistes familiers. Cela demande de la curiosité, de l’humilité et de la volonté d’entendre ceux qui ne correspondent pas au récit. France 5 a choisi le contraire.

Le résultat était une chambre d'écho magnifiquement éclairée, éditée professionnellement, mais toujours une chambre d'écho. Indépendamment de la dramatique des échos, ils ne sont pas qualifiés de journalisme.

Massimo Introvigne (né le 14 juin 1955 à Rome) est un sociologue italien des religions. Il est le fondateur et directeur général du Center for Studies on New Religions (CESNUR), un réseau international de chercheurs qui étudient de nouveaux mouvements religieux. Introvigne est l’auteur de quelque 70 ouvrages et de plus de 100 articles dans le domaine de la sociologie de la religion. Il était l'auteur principal de la Enciclopedia delle religioni en Italie (Encyclopédie des religions en Italie). Il est membre du comité de rédaction de l’Interdisciplinary Journal of Research on Religion et du conseil exécutif de Nova Religio de University of California Press. Du 5 janvier au 31 décembre 2011, il a été « Représentant sur la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, en mettant l’accent sur la discrimination à l’égard des chrétiens et des membres d’autres religions » de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). De 2012 à 2015, il a été président de l’Observatoire de la liberté religieuse, institué par le ministère italien des Affaires étrangères afin de surveiller les problèmes de liberté religieuse à l’échelle mondiale. 

lundi 2 mars 2026

Le dialogue interreligieux est indispensable pour atteindre un monde de paix

L'article "Le KAICIID et la United Religions Initiative scellent une alliance mondiale" retrace les objectifs d'organisations dont celui pour la paix grâce aux dialogues interreligieux.

 

C’est à Lisbonne, en marge du dixième anniversaire du KAICIID International Fellows Programme, que s’est scellée, au début de décembre, une étape nouvelle dans l’histoire des dialogues interreligieux contemporains : la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU, un protocole d’accord) entre le International Dialogue Centre – KAICIID et la United Religions Initiative (URI) qui, par-delà les différences de statut et d’approches, mettent en commun leurs forces pour relancer la coopération spirituelle et sociale sur la scène mondiale.

Le KAICIIDKing Abdullah bin Abdulaziz International Centre for Interreligious and Intercultural Dialogue — est une organisation intergouvernementale née de la volonté de plusieurs États (l’Espagne, l’Autriche, l’Arabie Saoudite et le Vatican comme observateur) de faire du dialogue un instrument structurant de la paix globale. Son mandat est de promouvoir l’usage du dialogue pour renforcer la compréhension, la coopération et la cohésion sociale entre personnes de différentes religions et cultures, en s’adressant tant aux responsables religieux et politiques qu’aux acteurs de la société civile.

À ses côtés, la United Religions Initiative est connue comme la plus vaste des réseaux interreligieux de terrain, avec une implantation dans plus d’une centaine de pays. Organisation à statut consultatif auprès du Conseil économique et social des Nations unies, elle promeut une interconnexion des communautés — les Cooperation Circles, plus de 1200 — qui œuvrent au quotidien pour prévenir les violences motivées par la religion et construire des cultures de paix et de justice.

Le protocole signé vise à formaliser et intensifier une collaboration qui existe déjà depuis plus d’une décennie. Les deux partenaires entendent ainsi articuler leurs mandats complémentaires : le réseau global et ancré dans les communautés de URI et la capacité de KAICIID à travailler avec des décideurs politiques et religieux à haut niveau.

Aux yeux d’Eric Roux, président du Global Council de URI, ce partenariat est autant stratégique que porteur d’espoir. Il lie la sagesse des pratiques locales à l’influence des instances internationales, jetant un pont entre les acteurs engagés dans les réalités quotidiennes de la coexistence religieuse et ceux investis des responsabilités politiques et institutionnelles.

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samedi 21 février 2026

France Télévisions – Tohubohu, c'est la chasse au Dahu

 France Télévisions – Tohubohu, l’empire de la honte 

Par Eric Roux

France Télévisions a diffusé aujourd’hui un énième documentaire à charge contre la religion de Scientology, révélant là une obsession maladive à s’en prendre à la religion de dizaines de milliers de français qui la pratiquent sereinement en toute légalité.
 
France Télévisions – Tohubohu, l’empire de la honte 

 Avec l’argent du contribuable (oui, France Télévisions est une télévision publique), ils ont payé une somme rondelette (qu’ils refusent de révéler, comme à l’accoutumée, en total mépris du droit d’accès aux documents administratifs) à la société de production Tohubohu pour réaliser ce « documentaire », dont le réalisateur n’est autre que Romain Icard, cofondateur et associé de Tohubohu. Cette société de production se gave régulièrement sur le dos du contribuable, enchainant les financements publics avec semble-t-il, quelques petits problèmes de conflits d’intérêts. En effet, l’associé co-fondateur de Tohubohu est Thierry Demaizière, dont l’épouse n’est autre que Brigitte Benkemoun, l’une des 4 membres du « Comité d’Éthique » de France Télévisions.  

Ce conflit d’intérêts est bien entendu interdit par la loi (décret n°2009-796 fixant le cahier des charges de France TV), mais il pourrait possiblement constituer le délit de prise illégale d’intérêts et de recel de prise illégale d’intérêt pour Tohubohu. Visiblement, cela n’arrête pas nos producteurs. Et pour cause : le journalisme à France Télévisions ça semble rapporter, puisque lorsque Brigitte Benkemoun n’est pas dans son loft parisien, elle est à sa « Villa Benkemoun », entièrement rénovée « grâce » à son mari Thierry Demaizière :
https://www.villabenkemoun.fr/
Les photos valent mieux qu’un discours.

Il y a pire…
 
Bon, tout ceci est trivial semble-t-il (même si un possible délit pénal qui vous enrichit avec l’argent du contribuable, le vôtre, c’est pas si trivial que ça, qui plus est au moment où la Présidente de France Télévision elle-même, Delphine Ernotte, fait l’objet d’une information judiciaire pour détournement de biens publics et abus de biens sociaux), mais il y a mieux… Ou plutôt il y a pire.
 
Le pire, c’est la démonstration de ce qu’il ne faut surtout pas faire quand on travaille dans le journalisme, et cela a tout à voir avec le choix et la crédibilité des sources. Incapable de trouver quoi que ce soit de réel et de sérieux pour prouver son angle d’attaque contre la Scientology, Romain Icard a été interviewer des « anciens membres », dont on dit sur Télématin (Télématin fait partie de France Télévisions, et visiblement on s’y autocongratule entre bénéficiaires de l’argent public) qu’ils sont des « témoins rares », à grands coups de « témoignages inédits », « rares », « précieux »… Manque de chance (ou d’intégrité journalistique), les quelques témoins du documentaire sont tous des témoins professionnels, qui sont apparus des dizaines de fois dans d’autres productions pseudo-documentaires et interviews de tabloïdes. Nombre d’entre d’eux ont déjà dû révéler qu’ils se faisaient payer pour cela, c’est pourquoi on parle de « témoins professionnels », puisqu’il s’agit de leur gagne-pain, bien souvent le seul.
 
Il y a encore pire…
 
Mais il y a encore pire. Je vais vous donner un aperçu de qui sont ces témoins, pour que vous puissiez en apprécier la crédibilité, ainsi que le niveau d’éthique de France Télévisions (niveau d’éthique dont le contrôle est censé être assuré par le fameux Comité d’éthique dont j’ai parlé plus haut, ceci pouvant expliquer cela) et de Tohubohu. France Télévisions et Tohubohu étaient parfaitement au courant de ce qui va suivre (nous les avions avertis et ce sont des informations publiques pour la plupart), mais ont préféré le passer sous silence, parce que sinon, évidemment, ils n’auraient eu aucun élément pour dérouler leur narratif mensonger.
 
Tony Ortega
 
Présenté par France Télévisions comme un « journaliste qui enquête depuis trente ans sur la Scientology », Tony Ortega est autre chose. Ancien rédacteur en chef du Village Voice, il en a été débarqué en 2012 pour deux raisons : son obsession pour la Scientology (pourtant il n’a jamais été scientologiste et n’a jamais mis les pieds dans une église de Scientology), et le fait qu’il était financé par, et fervent soutien de, backpage.com, le plus gros site de trafic sexuel d’enfants qui ait jamais existé (saisi et fermé depuis par le FBI et dont les dirigeants ont été envoyés en prison). Le New York Times avait qualifié Ortega de « chien d’attaque » de backpage.com. Cette défense agressive a fait de lui un porte‑parole non officiel de l’entreprise, alors même que des organisations de lutte contre la traite d’enfants, des médias majeurs et des responsables publics accusaient Backpage d’être au cœur d’un système d’exploitation. Des protestations publiques et des actions judiciaires ont souligné que des mineures — certaines âgées de 11 ou 12 ans — y étaient présentées comme des marchandises à vendre, et que certaines ont été assassinées.
 
Ortega ne s’est pas contenté de défendre Backpage (sa principale source de financement) de façon abstraite : il a ridiculisé et déshumanisé des victimes réelles. Il a qualifié des enfants trafiqués et exploités par le site d’ « utilisateurs mineurs violant nos conditions d’utilisation  ».
 
Parallèlement, Ortega a un antécédent documenté de publication de contenus faux ou fabriqués, non seulement dans ses blogs sur la Scientology mais aussi dans son passé journalistique. Des récits inventés et des fausses citations ont été critiqués pour avoir « trahi la confiance des lecteurs », notamment par le Columbia Journalism Review (voir ici), une publication académique et professionnelle américaine reconnue pour ses analyses rigoureuses et indépendantes de l’éthique, des pratiques et des tendances du journalisme, faisant autorité dans le domaine des médias.
 
On comprend pourquoi l’unique activité professionnelle de Tony Ortega aujourd’hui est d’écrire dans son blog des articles obsessionnels sur la Scientology, vu qu’il est absolument inemployable dans le domaine du journalisme. Sauf peut-être chez France Télévisions.
 
Ça, France Télévisions ne vous le dira pas, mais il est bon de le savoir, surtout si vous avez des enfants qui vont à l’école, sachant que dans le contrat qui lie France Télévisions à Tohubohu, France TV annonce vouloir diffuser ce documentaire dans les écoles.
 
Marc et Claire Headley
 
Claire et Marc Headley ont été présentés dans le documentaire comme des témoins critiques de l’Église de Scientology. Cependant, une analyse objective de leurs antécédents et des décisions judiciaires montre que leur crédibilité est profondément compromise. Dans l’Eglise, Marc Headley occupait un poste technique au service audiovisuel de la structure produisant des contenus, mission qui lui conférait un accès matériel et logistique à des biens de l’Église. Il a été découvert qu’il avait illégalement détourné et vendu du matériel audiovisuel appartenant à l’Église sur eBay, détournant les recettes à son profit personnel, à hauteur d’environ 15 000 dollars. Lorsque l’enquête interne sur ce sujet a commencé, il a quitté précipitamment l’organisation, reconnaissant lui‑même qu’il s’enfuyait pour éviter les conséquences de ses actes. Claire Headley, qui travaillait également au sein de l’organisation, a quitté l’Église peu après lui. Par le passé, Marc Headley a également admis avoir volé des biens et de l’argent dans des commerces, et commis des infractions graves comme le cambriolage et la contrebande de feux d’artifice, des actes relevant du droit fédéral américain.
 
Après son départ, Marc Headley a intenté une action judiciaire contre l’Église visant à obtenir des dommages pour abus et exploitation, qu’il a poursuivie avec sa femme Claire. Ces poursuites visaient des millions de dollars de dommages‑intérêts en compensation de prétendues souffrances et violations. Cette action a été rejetée par le tribunal fédéral par un jugement sommaire, le juge estimant que les faits allégués étaient infondés et que les Headley avaient volontairement rejoint et travaillé pour l’Église, comme l’indique la décision : « Les documents démontrent clairement que les Headley ont rejoint et travaillé volontairement pour [l'Église] parce qu'ils estimaient que c'était la bonne chose à faire et qu'ils y prenaient plaisir. » Cette décision a été confirmée par la Cour d’appel du neuvième circuit, et le couple a été condamné à payer 42 000 dollars à l’Église, reflétant le caractère lucratif, frivole et abusif de leur action judiciaire.
 
On notera que durant le procès, Marc Headley a dû révéler avoir touché de l’argent pour publier son « témoignage » fabriqué dans des tabloïdes, bien souvent jusqu’à 10,000 dollars par publication. Il conviendra d’examiner si les prestations de témoignage professionnel du couple Headley ont été gratuites ou facturées – d’une façon ou d’une autre – à la société Tohubohu pour la réalisation de leur témoignage.  
 
Là encore, vous le faire savoir eut été dérangeant pour Tohubohu et France Télévisions, puisque de toutes évidence, son « témoignage » est à nouveau complètement faux.
 
Lucas le Gall
 
Lucas le Gall est un pseudonyme. En réalité, il se nomme Eric Gonnet. Le reportage omet de préciser qu’il est le fils de Roger Gonnet, militant anti-Scientology expulsé de l’Église de Scientology pour malversations il y a plus de quarante ans, et plusieurs fois condamné par la justice française pour ses activités anti-scientologistes.
 
Dans la continuité des engagements de son père, qu’il décrit pourtant dans son ouvrage comme un « fou, carrément dangereux », qui battait et séquestrait ses enfants, un « abruti hystérique » doté « d’une assez jolie panoplie de tares et d’incapacités », « névropathe assez profond » et « aussi bouché qu’un lavabo rempli de déjections », Eric Gonnet est un affabulateur.
 
Il affirme avoir appartenu à la Sea Organization (un ordre religieux de la Scientology) pendant quatre ans, y avoir occupé des postes de responsabilité à l’échelle mondiale au sein de l’Église, jusqu’à devenir le « bras droit » du chef ecclésiastique de l’Église en Californie. Il estimait qu’après quarante-cinq ans, il serait impossible pour l’Église de vérifier ses dires.
 
Pourtant, une enquête interne minutieuse a établi qu’aucune de ces affirmations n’était exacte et que tout son récit était purement fantasmé. Le parcours, ridiculement bref, d’Eric Gonnet au sein de la Sea Organization se limite à un séjour à Copenhague au début de l’année 1980, au cours duquel il a passé trois mois au sein de l’Église, sans exercer la moindre fonction importante, avant de repartir en France, faute des compétences requises. Tout ceci est parfaitement documenté. Fin de son histoire.
 
Il n’a jamais occupé de poste à responsabilité, ne s’est jamais rendu dans l’Église en Californie et n’a jamais rencontré le chef ecclésiastique de l’Église. Et bien entendu, il n’a jamais eu à « s’échapper » d’un endroit où il n’a jamais mis les pieds. L’ensemble de son récit, qu’il a relayé à plusieurs reprises auprès des médias français et consigné dans son ouvrage, n’est qu’une vaste affabulation, de même que les accusations qu’il porte à l’encontre d’une religion qu’il n’a pas fréquentée depuis plus de quarante-cinq ans.
 
France Télévisions et le réalisateur Romain Icard étaient informés de ces éléments, mais ont choisi de fermer les yeux. Tant que son « témoignage » servait leur narration, peu importait qu’il fût mensonger.
 
 Lui-même se décrit ainsi dans son livre :

« Cette dernière offense, ”menteur”, je ne l'ai pas volée, je mens effectivement souvent. J'ai même déjà fait le tour de ce sujet précis, analytiquement. Cette stigmatisation n'est pas erronée, elle caractérise effectivement un comportement récurrent de ma part. »

« Pour moi-même, je formule quelques serments : — 1 er commandement : toujours tu tricheras, jamais sous ton vrai jour tu ne te montreras à ces gens-là. (…) Ils constitueront, dès ce jour, ma ligne de conduite principale. » 
 
Le monsieur artificiel
 
Et là c'est le ponpon. Le réalisateur n'avait tellement rien à se mettre sous la dent, qu'on nous présente à l'écran une personne dont l'apparence et la voix sont créées par une intelligence artificielle. Diantre, il y a des milliers de scientologistes en France, mais pour les besoins de la cause, il leur a fallu utiliser l'intelligence artificielle pour ajouter un témoin à la petite clique de témoins professionnels. Je crains que la télévision française ait touché le fond. Le procédé n'est pas seulement malhonnête, il est ridicule. Je sais que c'est difficile à croire, mais si, c'est juste vrai.

Pour finir, et les obligations de France Télévisions ?
 
Je m’arrête là pour ce qui est des « témoins », bien que je puisse continuer ainsi pour chacun d’entre eux, par exemple avec Joy Villa que l’on prétend être une « jeune actrice américaine démunie », alors qu’affamée de buzz elle n’a jamais été actrice (si on omet trois ou quatre rôles de figuration dans des séries B américaines), et qu’aujourd’hui elle se présente comme une chrétienne évangélique ayant trouvé Jésus qui lui aurait révélé que la Scientology c’est le diable incarné, après être partie avec la caisse de son mari scientologiste, c’est-à-dire avec la modique somme d’un million d’euros. C’est sacrément démuni ça…

Alors, me direz-vous, France Télévision est-elle libre de faire ce qu’elle veut même quand il s’agit de diffamer un mouvement religieux pacifique et existant en France paisiblement depuis les années 1950 ? Pas vraiment. Bien entendu, l’incitation à la haine et à la discrimination en raison de la religion est un délit pénal grave en France, mais France Télévisions est aussi tenue à plus d’obligations, notamment des obligations d’impartialité, d’honnêteté de l’information de pluralisme des opinions et courants de pensée. Si nous avons jeté un œil précédemment aux deux premiers de ces principes, allègrement violés bien entendu, un mot supplémentaire s’impose en ce qui concerne la pluralité des opinions :
 
Vous n’aurez pas la possibilité sur France Télévisions d’entendre la parole des milliers de scientologistes français qui tout naturellement vivent leur religion avec bonheur et utilisent la Scientology pour améliorer leur vie et celle des autres, ni de leurs représentants. Pourtant, lorsque nous avons découvert que le reportage serait suivi d’un « débat », et que les protagonistes de ce débat, outre Romain Icard lui-même, étaient tous des militants anti-scientologistes professionnels (par exemple, l’UNADFI et son avocat Olivier MORICE – tous deux annoncés sur le plateau – nourrissent une inimitié notoire à l’encontre du culte scientologiste. Signalons que le 20 novembre 2015, la Cour d’appel de Paris a condamné l’UNADFI, représentée par Olivier MORICE, à verser à une association scientologiste et à deux fidèles une somme totale de 21 000 euros, pour avoir abusé fautivement de son droit d’agir en justice à leur encontre, la cour reconnaissant leur « mauvaise foi manifeste ». Le pourvoi en cassation de l’UNADFI a été rejeté en 2017), nous avons demandé à France Télévisions d’inviter un représentant de l’Église pour participer au débat, afin de pouvoir répondre aux allégations du documentaire en toute transparence. Même si l’équilibre du plateau eut été quelque peu déséquilibré (quatre contre un), vous auriez pu au moins avoir une chance d’entendre un récit dissonant qui vous aurait permis de vous faire, un peu peut-être, votre propre opinion.
 
La réponse (le refus) de France Télévisions fut édifiante : « Le choix des intervenants en plateau relève de la liberté éditoriale et d’expression de France Télévisions ». Circulez, il n’y a rien à voir – et surtout pas la vérité. Beaucoup de libertés et peu de devoirs pour la chaine publique semble-t-il. Et quand vous entendez "la Scientology a refusé de s'exprimer", vous saurez que c'est faux.
 
Mais le courrier est aussi révélateur quant au niveau de responsabilité de ladite chaine publique, puisque lorsqu’on leur mentionne les violations de leurs obligationsFrance Télévisions, après avoir tout de même envisagé que ce que l’on disait puisse être vrai, croit pouvoir se protéger derrière le producteur et ainsi éviter la condamnation : "Ainsi et sans préjuger du bien-fondé de votre réclamation concernant le documentaire" ... "Nous vous informons que le documentaire a été réalisé et produit par la société Tohubohu, qui, en sa qualité de producteur délégué, a garanti France Télévisions contre tout recours, actions ou procédures qui pourraient être engagés contre elle à quelque titre que ce soit, concernant le programme." Eh bien… Good luck France Télévisions !
 
Maintenant, je n'ai pas le temps ici de repasser à travers la quantité d'absurdités qui ont été dites, à la fois dans le documentaire et sur le plateau à propos des enseignements de la Scientology. On ne devrait jamais laisser des ignorants commenter une religion dont ils ne connaissent rien, surtout quand ils n'ont pas forcément envie de la comprendre et préfèrent vous répéter sciemment les inepties de ses opposants.
 
Mais il existe une solution. Vous voulez vraiment savoir ce qu’est la Scientology, ce que sont ses croyances, ses églises, ce que font les scientologistes pour aider leur prochain à une échelle qui dépasse l'entendement ? C’est ici, et ce n’est pas financé avec l’argent du contribuable : https://www.scientology.tv/fr/